Atteindre la population cible  
     
  La littérature portant sur la toxicomanie a longtemps reconnu que les UDIs constituent une population particulièrement difficile à cerner, un groupe difficile d’accès et difficile à mettre en relation avec des programmes de socialisation, d’écoute et de soins. Si les salles de shoot fournissent des informations sur la santé et la sûreté, réduisent les comportements à risque et servent de relais à d’autres services, elles doivent d’abord attirer les usagers de drogue. En clair, les prétendus avantages des salles de shoot ne peuvent être atteints que si les clients sont convaincus d’y aller. L’acceptation du service par les usagers qui s’injectent des drogues sur la voie publique est également nécessaire pour prendre en compte des questions particulièrement pertinentes pour la société au sens large, comme de réduire les troubles de l’ordre public et de garder sous contrôle les coûts de santé.

En outre, l’intérêt des toxicomanes pour les salles de shoot ne semble pas profondément ancré. Disons simplement que les 92 % qui se sont déclarés prêts à recourir aux salles de shoot répertoriées dans la seconde étude de Vancouver sont à replacer dans le contexte de l’absence complète de restrictions en matière de santé au Canada. Cela signifie que la grande majorité privilégie les salles de shoot à condition qu’il n’y ait aucun règlement qui viendrait mettre des limites à leur comportement. Ainsi, l’aval apporté à ces salles a fortement diminué quand diverses conditions ont été introduites. Les usagers prêts à recourir aux salles de shoot représentaient 64 % des sondés s’il était interdit de partager la drogue, 62 % si l’injection assistée était interdite, et 54 % si une inscription était nécessaire. Lorsque ces trois interdictions sont réunies, on atteint à peine 31 %. Même s’ils ne sont pas aussi spectaculaires, les effets négatifs des règles comme le deal splitting « partage de la drogue » et l’assistance à l’injection étaient également observés à Melbourne43. En résumé, l’étude prospective sur la capacité des salles de shoot à atteindre la population ciblée n’est pas concluante. Même si un certain nombre d’usagers de drogue par injection expriment leur volonté d’aller dans les salles de shoot, la meilleure recherche place ce nombre plus bas que ce qu’on pourrait espérer. Les taux de participation potentielle sont encore inférieurs quand le recours à une salle de shoot est conditionné à l’acceptation d’un règlement intérieur.