HISTORIQUE DES
SALLES DE SHOOT
 
     
  La première salle de shoot est apparue à Berne (en Suisse) en 1986 avec pour objectif de réduire les nuisances associées aux injections sur la voie publique ainsi que les problèmes de santé publique qui en découlent (transmission du VIH, surdoses, etc.). Il est intéressant de noter qu’au départ la salle de Berne avait été conçue simplement comme un café pour toxicomanes : son plan originel n’incluait pas l’existence d’une salle de shoot. L’idée d’une salle de shoot ne fit son apparition qu’après que les UDIs (Usagers de drogues par injection) ont commencé à se piquer ouvertement dans le café40. Durant les dix années suivantes, des salles de shoot et de consommation firent leur apparition dans d’autres villes de Suisse, ainsi que dans des villes allemandes et hollandaises. Depuis 2000, on a assisté à l’ouverture de nouvelles salles en Espagne (Madrid et Barcelone), en Australie (Sydney) et au Canada (Vancouver).

Dans la plupart des cas, ces salles de shoot ont vu le jour en période d’épidémies concomitantes où les problèmes liés aux atteintes à l’ordre public et à la santé publique étaient perçus comme étant « hors de contrôle ». En ce qui concerne les perturbations de l’ordre public, les scènes de toxicomanie en public et les trafics de drogue en pleine rue étaient liés à des groupes de toxicomanes perçus comme menaçants, à une activité criminelle galopante, à des injections de drogues en public, et à des seringues ou autres détritus jetés n’importe où. Les salles de shoot se promettaient de diminuer certains de ces symptômes. En termes de santé publique, de nombreux pays connaissaient des hausses vertigineuses de taux de maladies infectieuses, incluant le VIH et l’hépatite C.

Le fait de freiner les comportements à risque associés à l’injection de drogue (partage et réutilisation de seringues, utilisation d’équipement insalubre) a été perçu comme un grand pas dans la lutte contre les épidémies. Les défenseurs de cette thèse soutenaient que l’environnement promu par les salles de shoot convenait parfaitement pour cette tâche. Ces deux objectifs de trouble de l’ordre public et de santé publique continuent d’influencer le débat entourant ces structures.

En 2006, un chercheur a noté « un déficit d’évaluations quantitatives de ces salles dans la documentation de santé publique »41. Malgré cela, le plus remarquable tient au fait que les salles de shoot sont malgré tout largement présentées comme étant un succès indéniable. Le manque d’informations fiables permettant de fonder des évaluations solides n’a en rien minimisé ni décrédibilisé les évaluations existantes. C’est ce paradoxe manifeste qui motive cette étude.

Les études sur les effets des salles de shoot font rarement l’objet d’évaluation critique. Par conséquent, toute décision concernant la persistance des sites existants s’appuie sur le vide, sur la base de données potentiellement incomplètes et partiales. L’objectif du rapport est de présenter une évaluation plus systématique et critique des précédentes recherches sur les salles de shoot, en faisant particulièrement attention aux aspects méthodologiques et analytiques. Le rapport n’essaie pas de répondre aux questions d’ordre moral (bien ou mal, faux ou juste). Au contraire, il pose deux questions beaucoup
plus directes :

Que dit la recherche sur l’impact des salles de shoot ?

Quelle confiance pouvons-nous accorder aux conclusions issues des recherches ?

Les salles de shoot sont principalement fondées sur la croyance qu’ils peuvent régler efficacement les problèmes de désordre public et de santé publique liés aux UDIs, surtout dans le cas d’injections sur la voie publique ou par voie intraveineuse. Évaluer l’efficacité des salles de shoot consiste essentiellement à évaluer leur pertinence au regard des objectifs divers auxquels elles sont censées répondre. Même si les objectifs peuvent varier d’une ville à une autre, il existe néanmoins un certain degré de consensus sur la raison d’être des salles de shoot. Ce rapport examine dans quelle mesure les salles de shoot ont réussi à atteindre les objectifs suivants :
• atteindre la population cible ;
• encourager l’adoption de services ;
• améliorer la santé et réduire les comportements à risque ;
• réduire l’incidence des maladies infectieuses ;
• réduire le nombre d’overdose et de décès par overdose ;
• réduire les nuisances publiques et le désordre ;
• éviter d’augmenter la criminalité locale.