NORVEGE  
     
  En Norvège, une salle est implantée à Oslo depuis février 2005. Seuls 10 % des usagers utilisent le Centre plus de six fois par mois. Deux tiers l’utilisent seulement une ou deux fois par mois après s’être enregistrés comme clients.

La salle de shoot, un concentré de paradoxes :
Le personnel doit aider les clients à s’injecter leur dose d’héroïne, et l’instant d’après, il doit s’assurer que les clients ne souffrent pas d’effets indésirables causés par cette même injection.

Il semble paradoxal qu’une installation d’injection puisse en réalité contribuer à la perpétuation de l’usage de drogue.

Il est difficile pour une salle de shoot de prendre en charge des clients souffrants de troubles mentaux et ayant des comportements agressifs. Cela sera un dilemme de tenir hors de ces structures les personnes qui en ont le plus besoin.

Il est fort probable qu’une injection dans le cou ou dans l’aine engendre plus de douleurs qu’une injection dans le bras. Se posera alors un dilemme si un futur centre d’injection devait permettre aux clients de s’administrer des injections dans le cou ou dans l’aine.

En administrant une salle de shoot, il est possible que les autorités soient indirectement perçues comme tolérantes à l’égard de l’usage de drogue.

Selon le Service d’addiction aux drogues et à l’alcool (The Alcohol and Drug Addiction Service) de la municipalité d’Oslo, le budget pour un essai de salle de shoot en 2008 est d’environ 1,5 million d’euros (ouvrant six heures par jour). Est-il sensé de dépenser de l’argent public dans une salle de shoot ?

Un dilemme propre aux salles de shoot est qu’elles contribuent au maintien d’une habitude au lieu de motiver l’utilisateur d’arrêter.

Prévenir ou réduire les dommages ?
Un autre dilemme est de savoir si la Société doit poursuivre sa politique qui vise à réduire les dommages de la drogue ou dépenser plus de fonds dans la prévention des jeunes. Une salle de shoot n’attirerait-elle pas des personnes qui n’auraient jamais consommé d’héroïne par ailleurs ? Comme beaucoup l’ont souligné, on ne peut pas nier que les salles d’injection peuvent être interprétées comme une acceptation tacite par la société de l’usage de drogues.

Jusqu’où la société doit-elle aller ?
Une salle de shoot organisée selon le modèle norvégien est une proposition coûteuse. Est-ce le meilleur moyen de dépenser l’argent public ?

Est-ce le meilleur moyen d’affecter les ressources destinées à ce groupe ? Jusqu’où la société doit-elle aller pour promulguer cette aide qui, d’une certaine manière, perpétue l’usage de drogue ? Ne vaudrait-il pas mieux d’affecter ces ressources à des mesures qui visent à inciter les gens à réduire ou à arrêter leur consommation de drogue ?

L’essai de la salle de shoot était initialement prévu pour une période de trois ans mais fut étendu pour deux années supplémentaires. L’évaluation après deux ans n’a montré aucune réduction du nombre de morts par surdose. « Faute de résultat plus concret, les deux évaluations ont conclu que la salle de shoot avait “accru la dignité” de ses clients. En réponse, Knut T. Reinas, président de The League Against Intoxicants – FMR (Forbundet Mot Rusgift), dit que « la salle leur donne peut-être une demi-heure de dignité, mais qu’en est-il des autres 23 heures 30 de leur journée ? Nous, on pense qu’il faut d’abord sortir les toxicomanes de cet enfer… pour qu’ils puissent enfin mener une vie digne. »

The League Against Intoxicants a également déclaré que :
1. Les salles de shoot peuvent maintenir et même renforcer la culture de l’injection.
2. Ni l’évaluation norvégienne ni d’autres recherches n’ont montré que les salles de shoot prévenaient les morts par surdose.
3. Une installation digne doit montrer aux consommateurs de drogue le chemin de sortie. Les salles de shoot contribuent à maintenir les habitudes, l’addiction et la vie de la rue des consommateurs de drogues.
4. Les salles de shoot impliquent une législation de l’utilisation des drogues dans laquelle la police est dans l’obligation de ne pas agir.
5. Les essais de salles de shoot sont une renonciation politique aux responsabilités concernant la question fondamentale de la légalisation organisée par les autorités de l’usage d’héroïne.
6. Les salles de shoot ne sont pas en accord avec les conventions des Nations-Unies auxquelles la Norvège a adhéré.

Dans leur communiqué, les responsables de l’association insistent aussi sur le fait qu’environ un tiers de tous les utilisateurs de drogues injectées à Oslo se sont enregistrés comme utilisateurs de la salle de shoot (plus d’un millier d’utilisateurs). Cela signifie qu’ils sont autorisés à porter une dose d’héroïne lorsqu’ils sont sur le chemin de la salle de shoot. Cela constitue une parfaite excuse s’ils viennent à être arrêtés par la police avec une dose dans leur poche, même s’ils utilisent peu ou jamais la salle d’injection. Nous prédisons que de nombreux consommateurs de drogues vont encore s’inscrire comme utilisateurs de ces salles de shoot. Ainsi, le pouvoir de la police de freiner la possession illégale et l’usage d’héroïne va être de plus en plus réduit. L’héroïne en petites doses est de facto légalisée à Oslo aujourd’hui, même si c’est formellement illégal.