Réduire les nuisances
publiques et le désordre
 
     
  En plus des problèmes centrés sur les clients, il y a des considérations relevant plus de l’ordre public, qui concernent de manière prédominante les nuisances et désordres publics. En 1990, les lieux touchés par les
activités extensives de vente de drogue et des scènes publiques liées à la drogue en vinrent à être considérés comme des nuisances intolérables. Le grand public considère les rassemblements identifiés d’UDIs comme menaçants. Dans certains alentours, les espaces publics tels que des parcs, des coins de rue, des lots vacants, des promenades et des allées ont été majoritairement colonisés par des drogués. Les scènes et concentrations de drogués produisent de grandes quantités de détritus, dont la collecte est à la fois inesthétique et coûteuse. Les seringues négligemment laissées à l’abandon posent également un sérieux risque sanitaire grave. Aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse, des appels au rétablissement de l’ordre dans les espaces publics ont été la force motrice, ils contribuent à expliquer l’expansion des salles de shoot dans ces pays. Ces appels ont supplanté les problèmes de santé publique citée plus haut.

Étant donné que les désordres publics comprennent un grand éventail de comportements possibles, les évaluations de réductions dans les désordres publics ont revêtu l’aspect de perspectives diverses. Une méthode communément admise consiste à évaluer des changements dans l’usage public de drogue. Sur ce point, le « succès » des salles de shoot peut être mis en doute. Un certain nombre d’études ont rapporté des diminutions dans l’usage public de drogue. Malheureusement, ces rapports suscitent souvent autant de questions qu’ils apportent de réponses. Par exemple, à Rotterdam, 83 % de ceux qui fréquentaient la salle de shoot ont indiqué qu’ils utilisaient de la drogue moins souvent en public après avoir étéenregistrés en tant qu’utilisateurs. Mais 69 % des répondants ont admis avoir consommé de la drogue à l’extérieur dans le mois précédant l’enquête. Ces résultats mettent donc en lumière un problème important d’usage continu de drogue en public. De tels résultats contradictoires sont recensés dans de nombreuses études.

En outre, d’une manière ou d’une autre, toutes les études souffrent d’un manque de précision qui obscurcit l’interprétation des résultats. Par exemple, quelle est la fréquence quand on dit « moins fréquemment » ? Si un toxicomane utilisait de la drogue 100 % du temps avant l’ouverture d’une salle de shoot, et 80 % du temps après son ouverture, alors le toxicomane peut objectivement revendiquer avoir utilisé de la drogue moins souvent. Dans le même temps, le niveau d’usage en public serait toujours élevé. Même les conséquences revendiquées de « s’injecter le plus souvent dans les salles de shoot » ne sont pas claires. Pour les utilisateurs massifs de drogue, cela pourrait malgré tout résulter en un nombre important d’injections en public. Finalement, ainsi qu’il a été mentionné maintes fois, le manque de données de base rend impossible l’estimation de l’effet des salles de shoot sur le taux global d’injection en public — dans un périmètre donné. Pour ces motifs, il n’y a pas de raison de conclure que les salles de shoot ont permis une réduction importante des taux d’injection en public.

Les injections en public et les déchets engendrés sont problématiques, mais pas plus que le rassemblement de personnes aux objectifs illicites. Il y a un aspect social, dans ces marchés de rue, qui a largement échappé à l’attention de la recherche sur les salles de shoot. Les consommateurs qui ont compris ces marchés consacrent beaucoup de leur temps à des activités qui ne sont limitées, ni par des mesures contre les injections en public, ni par celles à l’encontre des seringues et déchets. Elles incluent de commettre des crimes pour garantir de l’argent, d’acheter des drogues et plus simplement de « zoner ». Même si les actions des salles de shoot avaient réussi en réduisant les injections publiques et les seringues usagées sur la voie publique, cela pourrait n’avoir qu’une très légère influence sur les perceptions du désordre. Il en découle que cela peut être l’existence des marchés de produits illicites en eux-mêmes qui sont les plus problématiques, par opposition à n’importe quel aspect ou indicateur du marché. Dansl’évaluation du désordre public, la recherche d’évaluation a été déficiente par son manque de compréhension du rôle potentiel des salles de shoot auprès de ces marchés de drogues.